Fondation / L’Isle-sur-la-Sorgue
Son histoire


La villa, avant

Elle était une maison de famille et elle s’est métamorphosée, pour accueillir des œuvres d’artistes sculpteurs contemporains. Les façades et les toitures furent rénovées. Les fenêtres remplacées. Les pièces vidées de leurs boiseries, puis débarrassées des tentures et autres vieilles tapisseries.
Et pourtant, tout ce tourbillon n’a jamais emporté la nécessité pour Danièle et Tristan de conserver l’âme de la maison. Les portes et leurs encadrements, marques de l’ouverture et du passage d’un espace à un autre, ont été conservés intacts. La cuisine, fidèle à sa vocation de nourrir, est devenue librairie d’Art, offrant ainsi les nourritures de l’esprit.
Les sols, bases de nos déplacements ou de nos ancrages, sont ceux de l’origine, anciens planchers ou mosaïques de « granito ». Les escaliers et les moulures, soulignant notre aspiration à la verticalité et à l’élévation, sont restés. La chaleur de la maison que symbolisent les cheminées est bien là, toujours, son esprit qu’incarne le bénitier aussi… et un petit tableau, comme incrusté dans le mur, nous contemple encore, trace d’une sensibilité passée.


La villa, aujourd’hui

Aujourd’hui, les façades sont vives, joyeuses, colorées. Elles abritent de hautes et vastes pièces sobres dont la blancheur, simplement soulignée par le gris des plinthes et des fenêtres, nous ouvre au volume. La lumière y est belle et contribue, alliée à la subtile scénographie des éclairages, à une mise en valeur muséale des sculptures exposées. ­­­­C’est aux pieds de cette demeure que l’on trouve aussi, sur la rive droite d’un petit bras de Sorgue, dans la verdure du jardin, installées parmi les arbres aux diverses essences, des sculptures puissantes et variées peuplant et rythmant les cheminements de chacun.
Anne Pharel


Ville d’eau, ville d’art

A l’origine, un bourg, entouré de marécages, peuplé de pêcheurs. Pour l’assécher et l’assainir, ces pêcheurs construisirent des canaux. Et ils donnèrent naissance à une ville traversée par des eaux pures et poissonneuses. La pêche, pratiquée à bord de nego chin, ou tout simplement à la main, fit leur richesse. Réunis en une confrérie puissante, ils obtinrent le privilège de pêcher entre la source et le Rhône sans que les seigneurs riverains ne puissent s’y opposer : ils étaient seulement tenus d’exposer leur pêche sur la place publique et d’en réserver les plus belles prises à la table du Pape. Dès cette époque, ils firent bâtir des églises, un hôpital, des hôtels particuliers… une belle ville.
Sur les rives de cette rivière si claire, sans crues violentes, sans périodes de trop basses eaux, surgirent aussi de nombreuses manufactures : tanneries, papeteries, huileries, soieries, toileries, minoteries, confiseries, tuileries, fabriques de couvertures, de chaux, de plâtre, moulins pour la garance… La ville devint alors un haut lieu d’échanges. Et puis, comme la rivière coule et que les temps changent, la belle joyeuse s’est peu à peu endormie pour entrer dans le XXème siècle, comme une petite ville de province, bien particulière pourtant, qui verra naître, grandir, vivre René Char qui recevra plus tard ses amis, Paul Éluard, Man Ray, Georges Bataille, Albert Camus, Henriette Grindat, Nicolas de Staël, Martin Heidegger, Georges Braque, Vieira da Silva, Arpád Szenes, Yvonne et Christian Zervos, Jean Beaufret, Jean et Valentine Hugo, Tristan Tzara, Greta Knutson…
C’est aussi dans cette petite ville qu’en 1870, deux frères, Léon et Eugène Geoffroy, firent construire une belle bâtisse, reliée par un bras de Sorgue à la maison d’enfance de Char. Cette villa sera plus tard celle d’Albert Gassier, un des pères des foires d’antiquités de l’Isle, qui fera du marché des antiquaires une véritable institution du dimanche matin et qui créera « L’Isle aux brocantes ».
C’est ici que Michel Biehn installera un temps ses étoffes. Et aujourd’hui, c’est cette maison-là que Danièle Marcovici et Tristan Fourtine, amoureux des Arts, ont décidé d’ouvrir à la sculpture contemporaine e­t à ses expressions multiples, pour en faire un lieu où l’on donne à voir, où l’on donne à découvrir. Il y a eu cette île, ville d’accueil, d’échanges, de fêtes sur cette Sorgue, sur celle qui surgit et fait surgir. Il y a eu aussi cette maison au bord de l’eau, qui regarde le cœur de l’Isle. Et puis il y a eu Danièle et Tristan. Sans peut-être vraiment le savoir, à la manière de ces pêcheurs qui par leur imagination et leur engagement ont donné toute sa valeur à un marécage, à la manière de cette confrérie qui en son temps avait inventé la solidarité, ils ont rassemblé autour d’une belle maison fatiguée, un groupe d’amis pour donner naissance à un lieu de création, de rencontres, d’échanges, de culture, de rayonnement… faisant écho peut-être aussi au temps où Char et ses amis se retrouvaient, ici, sous les collines sèches, à l’ombre de la Sorgue.
Anne Pharel

Enregistrer