Thème de l’exposition 2018

Commissariat d’exposition :
Danièle Marcovici, assistée de Jules Fourtine

Scénographie :
Laure Dezeuze

« Il essayait de rassembler les fils écarlates de sa vie et d’en tisser un motif, de trouver son chemin dans le labyrinthe excitant de la passion où il errait. »
Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

Pour sa 8e exposition en 2018, la Fondation Villa Datris a choisi d’explorer les différents modes d’expression de la sculpture contemporaine à travers l’art textile, le tissage et le tressage.Cette thématique tire ses racines dans les pratiques ancestrales et évoque naturellement les gestes sur le métier à tisser, la trame et la chaîne, le va et vient de la navette et les fils qui s’entrecroisent et donnent corps à la matière textile.Les artistes de notre temps puisent dans ces gestes immémoriaux une approche sensible et sensuelle de la matière, des fibres, fils ou brindilles ainsi croisés et assemblés. On y retrouve parfois une philosophie proche de celle de l’Arte Povera, soucieuse de revenir au dénuement des origines, avec des matériaux modestes ou de récupération.La démarche du tissage ou du tressage bouscule aussi les paramètres modernes de l’urgence et réintroduit une autre temporalité. Ce travail de la main est corrélé avec une perception de l’ouvrage et du temps, et il introduit une véritable réflexion sur la notion d’artefact.

Faisant pleinement appel aux sens, la texture est primordiale dans ces oeuvres élaborées avec des fibres naturelles ou issues des productions industrielles, qui peuvent être extrêmement diverses : laine, soie, coton, ficelle, tissu, crin de cheval, osier, herbes, lianes, fils synthétiques, métal…
Il y a une pratique intuitive, instinctive dans de nombreuses pièces, où les fils enchevêtrés jusqu’à l’oppression et les lambeaux de tissus constituent des objets étranges et troublants, entre rites et magie, fétiches et amulettes, qui sont aussi une pure révélation de l’inconscient.

Structurante, la trame textile vient proposer une organisation géométrique avec l’abscisse & ordonnée. Le fil peut offrir la possibilité de redessiner l’espace et d’y ouvrir de nouvelles perspectives, des lignes graphiques semi-conceptuelles, sorte d’illusion optique. Mais certains artistes préfèrent aborder une approche radicalement différente, avec pour préoccupation première la remise en question du support et de la surface de l’œuvre.

Traditionnellement associé au monde féminin, l’ouvrage textile est devenu un outil de revendication pour certaines artistes femmes, qui détournent alors les codes de la broderie, du crochet, des travaux d’aiguille pour y faire passer leurs messages. Ainsi, en cette année du cinquantenaire de Mai 68, l’art textile est souvent considéré comme l’emblème d’un nouvel engagement et d’un nouveau langage pour de nombreuses artistes de la « génération X » qui y expriment leurs valeurs féministes, et revendiquent comme un art à part entière une pratique longtemps assimilée à de l’artisanat. Ces œuvres peuvent également prendre la forme de textiles brodés, déroulant parfois une véritable narration graphique qui peut être subversive ou engagée.

Aboutissement du tissage, le tissu est enveloppe et protection, en étroite relation avec le corps, à la fois seconde peau, voire métamorphose à travers le vêtement, l’ornement ou la parure. Ces vêtements-sculptures d’apparat deviennent alors des véritables compositions monumentales.

Depuis la nuit des Temps, le fil fascine et inspire les artistes et poètes, et la mythologie n’a cessé d’en dérouler les mystères : le fil des Parques, implacable ; celui de la toile de Pénélope, ou encore le fil d’Ariane – pour qu’enfin Thésée trouve l’issue du labyrinthe… Il peut aussi devenir nœud, imbroglio, énigme, avec le nœud gordien ou la boucle de Moebius.

Sur le plan symbolique, le textile est aussi ce réseau de fils qui établit le lien, métaphore subtile des relations interhumaines. Il est également à l’image des médias contemporains que sont les networks et le web, ces réseaux de fils invisibles, rhizomes numériques qui régissent les communications d’aujourd’hui.

Tisser / tresser est une action singulière et dynamique qui combine divers éléments pour donner naissance à un croisement, un métissage, l’élaboration d’une œuvre inattendue qui suit le fil de l’inspiration, du primitif au tribal jusqu’aux expressions les plus contemporaines. Travail universel et ancestral, l’art textile captive autant les hommes que les femmes, et leur offre un exutoire inédit, à la croisée des pratiques artistiques, allant de l’ordre au chaos, du minimalisme à l’exubérant, du dénuement fragile à l’invincibilité des fibres métalliques ou technologiques.

Très remarqué lors des éditions 2017 de la Documenta et de la Biennale de Venise, ce regain d’intérêt s’est manifesté par l’importance de la place accordée aux installations textiles et œuvres à partir de médiums tissés, tressés ou noués. En redécouvrant intuitivement cette technique immémoriale, les artistes contemporains internationaux ouvrent un nouvel horizon à la sculpture de notre temps.

L'exposition 2018 aura lieu de mai à fin octobre 2018

Cette exposition réunira une sélection d’œuvres d’artistes reconnus
et de jeunes talents émergents, tels que :

Sheila Hicks
Chiaru Shiota
Alighiero Boetti
Eva Hesse
El Anatsui
Joana Vasconcelos
Judith Scott
Annette Messager
Romina de Novellis
Marinette Cueco
Olga de Amaral…

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