Poser un nouveau regard sur la nature

Danièle Kapel-Marcovici, présidente de la Fondation Villa Datris

À la Fondation Villa Datris, la nature est présente, omniprésente.

Cette belle nature, vivante et généreuse, qui lui donne ce vrai supplément d’âme, s’exprime à travers les éléments, la terre, l’eau, le vent… Son jardin méditerranéen, intime et accueillant, ses bosquets secrets, les murmures et scintillements de la Sorgue qui coule paisiblement…

Cette année, la nature s’invite au cœur de notre exposition « de Nature en Sculpture » à la Fondation Villa Datris. Elle en est l’écrin et le thème d’inspiration.

À notre époque où la question de l’environnement est devenue si cruciale, il est essentiel de voir la nature telle qu’elle est perçue par les artistes contemporains. Qu’elle soit un moyen d’expression ou une source d’inspiration, la nature s’est toujours imposée par sa vitalité, sa puissance organique et sa beauté.

Du minéral au végétal, tout est régi par ses cycles, le rythme des âges et des saisons. La nature porte en elle le mystère de l’espace et du temps, la germination, la promesse de vie encore cachée.

Elle est profusion et explosion, métamorphose et transformation. Fougueuse, elle est imprévisible comme les « colères » de la Terre, cette force qui résiste à l’homme – en d’autres termes : la revanche de la nature.

De l’enchantement au sublime ou à l’effroi, les artistes de notre temps partagent leur émerveillement ou leurs craintes. Ils questionnent la nature et l’artifice, confrontent la nature à la technologie ou la science, s’interrogent sur le « monde vert » et la « nature humaine »…

En s’appropriant ses éléments, les artistes cèdent parfois à la tentation de vouloir recréer la nature, utopie moderne et expérimentale, tandis que d’autres se laissent porter par une approche quasi contemplative.
À deux pas du pays des ocres, au cœur de l’ensorcelante végétation méditerranéenne, cette exposition prend tout son sens à la Fondation Villa Datris, où les œuvres s’animent, en mouvement, dans la maison, le jardin ou au bord de l’eau, dans la magie de l’esprit des lieux.

En présentant cet ensemble d’oeuvres très diversifiées de plus de cinquante artistes, nous avons voulu, avec mon équipe, porter un nouveau regard sur le thème de la nature vue à travers le prisme de l’art, et en particulier celui de la création contemporaine.

Restant fidèle à l’esprit de la Fondation Villa Datris et à l’enthousiasme qui nous anime depuis le début de l’aventure en 2011, l’exposition « de Nature en Sculpture » a pour vocation de faire découvrir des artistes et des oeuvres auprès d’un large public, et de partager nos belles surprises et nos éblouissements.

En explorant les interactions entre nature et sculpture, cette nouvelle exposition propose un dialogue souvent inattendu. « de Nature en Sculpture » induit ainsi un véritable questionnement contemporain : la sculpture se nourrit et s’inspire de la nature, elle la réinvente – qui aura le dernier mot ?

Jean-Marie APPRIOU
Laurette ATRUX-TALLAU
Gilles BARBIER
Pauline BAZIGNAN
Cécile BEAU
Christophe BERDAGUER & Marie PEJUS
Hicham BERRADA
Michel BLAZY
Ricardo BREY
Loris CECCHINI
Julian CHARRIERE
Miguel CHEVALIER
Françoise COUTANT
Marc COUTURIER

Elias CRESPIN
Johan CRETEN
Daniel DEZEUZE
François DEZEUZE
Henri-François DUMONT
Lionel ESTEVE
Anne FERRER
Odile de FRAYSSINET
La FRATRIE
Mireille FULPIUS
Corado GARDONE
Toni GRAND
Béatrice GUICHARD
Stéphane GUIRAN
Carsten HÖLLER
Fabrice HYBER

Eva JOSPIN
Bastien JOUSSAUME
Susanna LEHTINEN & Silvia CABEZAS-PIZARRO
Christiane LÖHR
Richard LONG
Anne MANGEOT
Carlos MEDINA
Théo MERCIER
Manuel MERIDA
Adrien MISSIKA
Eve MONTAUDOIN
David NASH
NILS-UDO
Marc NUCERA

Giuseppe PENONE
Laurent PERNOT
Anne PHAREL
Laure PROUVOST
Eva RAMFEL
Jean Pierre RAYNAUD
Susumu SHINGU
Berndnaut SMILDE
Robert SMITHSON
Gabriel SOBIN
Bérénice SZAJNER
Moffat TAKADIWA
David de TSCHARNER
Urs-P. TWELLMANN
Adrien VESCOVI
Letha WILSON

Commissariat d’exposition :
Danièle Kapel-Marcovici, aidée de Laure Dezeuze et Jules Fourtine

Scénographie :
Laure Dezeuze / Studio Bloomer

Portraits d’artistes :
14 portraits d’artistes ont été réalisés pour cette exposition et sont à découvrir dans l’onglet vidéo.

LE PARCOURS THÉMATIQUE

En 2017, la nature reprend ses droits à la Fondation Villa Datris. La nouvelle exposition « de Nature en Sculpture » vous invite à découvrir des générations d’artistes qui ont choisi la nature comme étant le cœur de leur travail. A travers leurs regards se matérialisent les multiples facettes de cette nature, à la fois paisible, tumultueuse, merveilleuse et inquiétante.
L’exposition joue avec le respect, la vulnérabilité, la force et toutes les émotions que la nature suscite en nous. La longue évolution du regard occidental posé sur son environnement transparaît dans l’espace d’exposition. Du Jardin d’Éden aux catastrophes écologiques, de la nature nourricière à celle du sublime, notre vision de nature n’a cessé de se transformer.
C’est aujourd’hui par nos actions que la nature se métamorphose à son tour. Jouant sur le naturel et l’artificiel, les artistes d’aujourd’hui nous permettent d’imaginer la nature de demain.

SORTIR DES SENTIERS BATTUS

Dans les années 1960, s’opère une remise en question de l’art. Les artistes vont chercher de nouveaux matériaux et surtout, de nouveaux lieux pour s’exprimer. Parmi eux, certains choisissent de sortir de l’espace de la galerie et des institutions, de voir la nature comme nouveau terrain de jeu. Les artistes réalisent des interventions dans l’espace naturel. De ces dernières, éphémères et in situ, demeurent les témoignages sous forme de photos ou vidéos. L’influence de l’américain Robert Smithson et du britannique Richard Long, qui ont contribué au fondement du mouvement du Land Art, perdure chez les artistes contemporains. Mireille Fulpius et Nils-Udo qui créent cette année des installations pour la Fondation, dans le jardin de la Fondation Villa Datris, qui attestent de la force du Land Art aujourd’hui.

MATIÈRE « NATURE »

Les artistes renouvellent leur conception de la beauté de la nature. Si certains, comme Eva Jospin s’intéressent à la représentation de la nature ou du regard qu’on lui porte, d’autres se concentrent sur sa matérialité et sa vitalité. Dès la fin des années 1960, ils explorent la matière végétale, révèlent sa structure et en épousent les formes. C’est le cas de Giuseppe Penone, figure majeure de la tendance Arte Povera, Toni Grand et Pauline Bazignan. D’autres artistes comme Anne Mangeot ou Ricardo Brey choisissent des matériaux glanés le long de leurs voyages. Ils créent des assemblages s’inspirant de savoir-faire de cultures anciennes ou traditionnelles évoquées chez Daniel Dezeuze, Moffat Takadiwa, Adrien Missika et Adrien Vescovi.

NATURES MATHÉMATIQUES

Avec les avancées scientifiques de la biologie, nous pouvons désormais nous représenter la structure même de la nature et de ses composants. Révélant l’invisible, comme l’ADN, la science bouleverse notre perception. Vers les années 1980, des artistes s’en emparent, comme Miguel Chevalier et ses représentations autour de la croissance et des structures fractales. A partir des mouvements organiques, Loris Cecchini et Laurette Atrux-Tallau poursuivent cette exploration pour créer des œuvres dynamiques et immersives dans l’espace d’exposition. Elias Crespin, Manuel Merida ou encore Susumu Shingu profitent de la technologie pour simuler les mouvements de la nature.

BEAUTÉS BIOLOGIQUES

Dans les années 1990, des artistes s’intéressent de plus près à la biologie et au vivant. A cette époque, le paysagiste Gilles Clément travaille sur la notion de jardin planétaire ; sans arracher ni planter, mais en « conduisant », en accompagnant les plantes qui traversent son jardin. Le fait de laisser le vivant devenir acteur, voir faiseur d’œuvre, devient alors une notion centrale. Si Christiane Löhr intègre le végétal dans une approche minimaliste, Michel Blazy joue le rôle d’expérimentateur, dont les protocoles visent à conduire la beauté de la nature. Contrairement à ce dernier, qui nous immerge dans sa nature, Cécile Beau nous replace hors de la sienne, nous laissant spectateur d’un microcosme à protéger.

Sortie de route - Mireille Fulpius. 2017 ©Tim Perceval
Toujours Vivant, Corado Gardone. 2015. Courtesy de l'artiste. ©Tim Perceval
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Pine-Sphere, Urs-P. Twellmann. 2012. Courtesy de l'artiste. © ADAGP - Tim Perceval
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Spiral Jetty, Robert Smithson. 1970. Centre Pompidou / Centre de création industrielle, Paris. © Holt-Smithson Foundation / ADAGP, Paris 2017

NATURES SOUS ACIDE

Grâce à la science est révélée l’ampleur de la destruction de la nature par l’Homme. Avec les catastrophes écologiques de ce dernier demi-siècle, l’Occident prend conscience que la nature n’est pas une ressource inépuisable. Dès les années 1970, des artistes comme Tetsumi Kudo traduisent l’inquiétude environnementale. Loin d’une vision macabre ou désenchantée, les artistes nous montrent une nature vitale et poétique qui renaît, s’hybride, mute, et adopte des formes jusque-là inconnues, comme chez Bérénice Szajner et Anne Ferrer. Dans les pas d’Yves Klein, Fabrice Hyber montre l’Homme « absorbeur » de ces changements. Carsten Höller nous pousse à l’hallucination, Yayoi Kusama nous livre les siennes et Berdaguer et Péjus mettent en volume des tests psychologiques. Une nature alternative en jaillit.

NATURES-FICTIONS

Pour certains artistes, imaginer l’avenir nous pousse à interroger le présent et la civilisation moderne. En dépassant l’opposition entre naturel et artificiel, les artistes nous projettent dans un avenir de science-fiction. Selon Laurent Pernot, les cactus seraient gelés. La culture populaire de Gilles Barbier revient à l’état de ruine envahie par la végétation, tout comme l’architecture contemporaine chez La Fratrie. Notre société actuelle en est projetée au rang de sites antiques. Dans cet univers fictionnel, tout est possible. Pour Bastien Joussaume, les matières artificielles sont les nouveaux minéraux et pour Adrien Missika les planètes poussent dans un jardin zen. Françoise Coutant nous propose de promener un nuage, quand il pleut du métal dans le monde de Carlos Medina.

DE SCULPTURE EN NATURE

Des scientifiques qualifient désormais notre ère géologique d’Anthropocène (anthropos = homme), c’est‑à‑dire transformée par l’action humaine. Face à ce constat, les artistes contemporains renouvellent cette notion très romantique qu’est le sublime, un sentiment esthétique d’effroi de l’Homme face à la grandeur de la Nature. Certains artistes de la nouvelle génération, comme Julian Charrière, David de Tscharner et Eva Ramfel reconstituent des nouvelles natures. D’autres imaginent de nouveaux paysages, comme Susanna Lehtinen et Silvia Cabezas-Pizarro, Anne Pharel et enfin Hicham Berrada qui nous plonge dans des univers chimiques et poétiques.

LE JARDIN D’ÉDEN

Dans l’imaginaire des artistes contemporains, le jardin à la française de la Fondation Villa Datris se transforme en un univers féérique d’une inquiétante étrangeté. Parmi les cyprès de Jean-Marie Appriou, l’Homme se voit à jamais métamorphosé chez Johan Creten et Fabrice Hyber. Les vaisseaux de François Dezeuze et d’Odile de Frayssinet, comme le passage de Stéphane Guiran nous invitent au voyage. L’arbre est au cœur du paysage : sidéral chez Marc Couturier, il devient marbre chez Gabriel Sobin, métal chez Corado Gardone ou réapparaît sous de nouvelles formes chez David Nash, Marc Nucera, Urs-P. Twellmann et Tieri Lancereau-Monthubert. Forte de son absence chez Jean-Pierre Raynaud, la nature revient éclatante chez Béatrice Guichard.