5 ans de Collection à la Fondation Villa Datris

DE 2011 À 2015

Danièle Kapel-Marcovici, présidente de la Fondation Villa Datris

Cette année, nous vous proposons l’exposition Sculpture en Partage, qui vous fera découvrir une large sélection d’œuvres acquises au fil de nos cinq expositions, et qui constituent aujourd’hui la plus grande partie de la Collection de la Fondation Villa Datris. Nous avons voulu garder la trace des moments forts vécus à l’Isle-sur-la-Sorgue depuis la création de la Fondation Villa Datris en 2011. Comme le suggère le titre de l’exposition, l’idée fondatrice repose sur l’art en partage. Une véritable « irrigation de la culture », qui diffuse à travers les ruelles et les canaux de l’Isle-sur-la-Sorgue, et à travers cette belle région du Luberon, qui a su nous attirer et séduire tant d’artistes et de voyageurs.

En effet, la Collection de la Fondation Villa Datris a vocation à être tournée vers l’extérieur et ouverte aux autres pour donner à découvrir, à comprendre et à rêver. Nous cherchons à favoriser les rencontres et le partage. La Fondation Villa Datris est animée par l’expression profonde de nos choix personnels : lieu de passion et de générosité, de pluridisciplinarité et d’ouverture. En constituant cette Collection au gré des expositions et des coups de cœurs, nous avons voulu réunir un fonds pérenne qui reflète l’esprit de la Fondation Villa Datris. Nous y revendiquons la liberté et l’éclectisme, le désir de convivialité dans l’art.

Pourquoi avons-nous dédié ce lieu à la sculpture ? Parce que mon compagnon Tristan Fourtine était architecte et que les liens entre architecture et sculpture ont toujours manifestement été présents dans notre vie. Nous partagions les mêmes goûts pour l’art contemporain et pour l’abstraction en particulier, à laquelle il tenait radicalement. C’est pourquoi la sculpture nous est apparue comme une évidence. Accompagnés de nos amis et de partenaires, nous avons découvert un univers artistique quasi illimité et passionnant, et partagé de grands moments de plaisir avec les artistes et nos visiteurs. Nous aimons avant tout l’art qui interroge notre vision du monde, nous aimons la radicalité de l’art abstrait qui a motivé initialement la collection, mais aussi le travail sur la nature, les matières, la couleur et le mouvement, et enfin l’art qui remet en question nos repères culturels et sociétaux.

La sculpture pour nous, c’est cette extraordinaire approche tridimensionnelle, la surprise des regards multiples. Une approche qui est à la fois émotionnelle et physique, car la sculpture fait appel à tous les sens, comme le toucher avec certaines œuvres tactiles ou l’ouïe avec les pièces sonores.

Nos goûts artistiques se sont affirmés avec la Villa Datris, chaque exposition étant un formidable moyen d’expression. Nous voulons être des passeurs, entre les artistes et le grand public. Nos priorités sont la vraie transmission, l’ouverture – conviction profonde à laquelle nous sommes restés fidèles.

La gratuité pour les visiteurs des expositions de la Fondation Villa Datris a été dès le départ une volonté de véritable démocratisation de l’art contemporain et de partage de nos
propres découvertes. La volonté aussi d’en faire ce lieu ouvert vers l’extérieur, ouvert à la découverte, grâce au constant travail d’équipe qui a donné corps à l’aventure de la Fondation Villa Datris, sans oublier l’accueil d’artistes en résidence pour les créations in-situ, ou la production d’oeuvres.

En l’espace de 5 ans, la Fondation Villa Datris a su affirmer sa position originale, à la fois Centre d’art et Fondation, dans une approche didactique ludique et active.

L’aventure de la Fondation Villa Datris continue en 2016 avec Sculpture en Partage, quintessence de la Collection. Pour cette exposition, comme pour celles qui ont précédé, j’ai veillé personnellement au choix des œuvres afin qu’elles reflètent pleinement l’esprit de la Fondation. Grâce à la scénographie élaborée par Laure Dezeuze et Jules Fourtine, la Collection est présentée d’une façon totalement originale et offre une lecture renouvelée des thématiques et des œuvres, à travers de fécondes confrontations qui invitent à partager notre goût de l’art contemporain. Pour que chacun se régale avec les surprises que va réserver l’exposition Sculpture en Partage !

Yaacov AGAM
Chul-Hyun AHN
Marina APOLLONIO
Béatrice ARTHUS-BERTRAND
Rafael BARRIOS
Laurent BAUDE
BEN
David BILL
André BLOC
Ania BORZOBOHATY
Angela BULLOCH
Miguel CHEVALIER
Nisa CHEVÈNEMENT
CIRIS-VELL
Geneviève CLAISSE
Anne CLAVERIE
Alain CLÉMENT
Robbie CORNELISSEN
Olivier de COUX
Carlos CRUZ-DIEZ
Jean DENANT

Philippe DESLOUBIÈRES
Daniel DEZEUZE
Norman DILWORTH
Henri-François DUMONT
Nathalie ELEMENTO
Pascal FANCONY
Jean-Claude FARHI
Alfieri GARDONE
Emile GILIOLI
Dan GRAHAM
Francis GUERRIER
Stéphane GUIRAN
Tetsuo HARADA
Alexis HAYÈRE
HENRIKSEN
Philippe HIQUILY
Nadia KAABI-LINKE
Rym KAROUI
Hans KOTTER
LA FRATRIE
Tieri LANCEREAU-MONTHUBERT

Thomas LARDEUR
Sophie LAVAUX
Julio LE PARC
Jae-Hyo LEE
Sol LEWITT
Jaildo MARINHO
Francesco MARINO di TEANA
Vincent MAUGER
Manuel MERIDA
François MORELLET
Ariel MOSCOVICI
Jean-Paul MOSCOVINO
Iván NAVARRO
Yazid OULAB
Laurent PERBOS
Carmen PERRIN
André PHAREL
Jean-Charles PIGEAU
Alice PILASTRE
Jaume PLENSA

Denis PONDRUEL
Vera RÖHM
Niki de SAINT-PHALLE
Nicolas SANHES
Nicolas SCHÖFFER
Susumu SHINGU
Chiharu SHIOTA
Gabriel SOBIN
Jesús-Rafael SOTO
Jean SUZANNE
Sarah SZE
Caroline TAPERNOUX
TILMAN
Wolfram ULLRICH
Victor VASARELY
Joana VASCONCELOS
Roger VILDER
Peter VOGEL
Ludwig WILDING
ZIMOUN

Direction artistique et commissariat d’exposition :
Danièle Kapel-Marcovici

Scénographie et assistance au commissariat:
Laure Dezeuze et Jules Fourtine

Portraits d’artistes :
2 portraits d’artistes ont été réalisés pour cette exposition et sont à découvrir dans l’onglet vidéo.

LE PARCOURS THÉMATIQUE

« La sculpture est comme l’art dramatique, à la fois le plus difficile et le plus facile de tous les arts » disait Honoré de Balzac. Art spatial qui invite à la découverte circulaire, la sculpture est un langage plus complexe que la toile peinte, elle se laisse moins aisément décrire par l’écriture ou la parole. Il y a autant d’approches d’une sculpture que de facettes à observer sur un objet, une multiplicité d”angles de vision à travers la perception des volumes. La sculpture donne corps à l”imaginaire de l’artiste et vient faire irruption dans notre réalité. Si l”on se réfère à son origine étymologique, le mot sculpture vient du latin sculpere qui signifie « tailler » ou « enlever des morceaux à une pierre ».
La sculpture se définit ainsi comme une action artistique qui consiste à concevoir et réaliser des formes en volume et en relief, par modelage, par taille directe, par soudure ou assemblage. À partir du XXème siècle, la sculpture élargit son rayon d’action, prenant de la distance avec la tradition classique et ses matériaux comme l’argile, la pierre, le bronze, le bois. Elle explore de nouveaux horizons, de nouvelles techniques, de nouvelles perceptions. Elle expérimente et s’ouvre à l’installation, au land art, à la vidéo, joue avec la lumière et le mouvement.

LES NOUVEAUX RÉALISMES

La Marathonienne de Philippe Hiquily ouvre le thème. Refusant toute étiquette, il développe une œuvre inclassable, au confluent du Surréalisme et du Nouveau Réalisme, et on le considère souvent comme un précurseur de l’art cinétique. Le Nouveau Réalisme est un mouvement fondé dans les années 60 par Yves Klein et Pierre Restany, dans lequel figurait Niki de Saint-Phalle. Ils prônaient « une nouvelle approche perceptive du réel », et préconisaient l’utilisation d’objets prélevés dans le quotidien et la réalité de leur temps. Si le mouvement s’est achevé dans les années 70, certains artistes contemporains reprennent la relève de cette façon de penser et d’aborder le monde. Ils déplacent nos repères, s’approprient des objets – comme Joana Vasconcelos – ou des techniques préexistantes et décontextualisent des situations. Certains évoquent le paysage tout en soulignant l’impossible reconstitution d’une réalité passée, comme autant de lieux recomposés ou fantasmés. Niki de Saint-Phalle et Laurent Perbos puisent quant à eux leurs références dans la sculpture antique, qu’ils vont confronter à des matériaux plus modernes.

LE LUBERON, TERRE DE L’ART CINÉTIQUE ?

Historiquement, on peut retracer une véritable complicité entre le Luberon et l’art cinétique. Dans sa maison de Gordes, la galeriste Denise René, pionnière de l’art optique et cinétique, réunissait de nombreux artistes. Elle invite notamment dans le Luberon Victor Vasarely, rencontré à Paris en 1939, qui installera en 1970 son Musée didactique dans le Château de Gordes, puis en 1976 son actuelle fondation, dite musée architectonique, à Aix-en-Provence. Avec une intuition visionnaire, Denise René organise dès 1955 l’exposition Le Mouvement, qui marque l’essor de l’art cinétique. Elle y présente notamment les artistes Yaacov Agam, Jesús-Rafael Soto et Carlos Cruz-Diez. Victor Vasarely rédige alors le Manifeste jaune consacré à l’Art cinétique, qui va influencer toute une jeune génération d’artistes.

L’ART CINÉTIQUE
LES ANNÉES 50

L’art cinétique prend toute son ampleur dans les années 50. C’est un art expérimental et interactif, qui rend le spectateur co-créateur de l’œuvre. Il se base sur le mouvement apparent ou réel et joue sur l’ambivalence de la perception. Jesús-Rafael Soto en est l’une de ses figures de proue. L’art cinétique tire ses origines des réflexions du Bauhaus dans les années 20 et trouve aussi des résonances dans l’art d’après-guerre, en particulier avec l’abstraction géométrique et l’art concret. Geneviève Claisse a été l’élève d’Auguste Herbin, chef de file de l’abstraction géométrique, tandis que Wolfram Ullrich a été un des membres de l’art concret. Nicolas Schöffer demeure l’un des esprits précurseurs de l’art cinétique, cybernétique et interactif. À la fin des années 50, il aborde la sculpture en y intégrant ses recherches sur l’espace, la lumière et le temps, et met au point le concept de « lumino-dynamisme » avec la série Lux, débutée en 1957.

L’ART OPTIQUE
UNE AMITIÉ ENTRE AMÉRIQUE DU SUD ET LA FRANCE

L’héritage de Vasarely prend des dimensions internationales. Carlos Cruz-Diez va devenir l’un des membres fondateurs de l’art optique et sera un des ambassadeurs de ce mouvement au Venezuela. En 1960, on retrouve ce lien intercontinental dans le mouvement du GRAV (Groupe de Recherche d’Art Visuel), qui voulait « donner un sens social à la géométrie » selon François Morellet, son fondateur. Il est rejoint par cinq autres artistes, dont Julio Le Parc, d’origine argentine. Tout en voulant couper les ponts avec ses prédécesseurs, François Morellet garde un lien avec son œuvre Pégatif et nositif, qui est un jeu de mots basé sur le Manifeste jaune de Victor Vasarely. Travaillant dans les années 70 à l’atelier de Carlos Cruz-Diez, Manuel Merida est issu de la seconde génération des artistes cinétiques sud-américains, qui développe encore aujourd’hui les concepts « d’espace et de mouvement ».

L’ART LUMINO-CINÉTIQUE

À travers les œuvres d’artistes contemporains tels que Miguel Chevalier, Chul-Hyun Ahn, Iván Navarro ou Hans Kotter, nous voyons les préoccupations cinétiques perdurer, sublimées par l’utilisation immatérielle de la lumière.
Né de la société technique et industrielle, l’art cinétique n’a cessé de dialoguer avec la science et la technologie. Son approche innovante, et en particulier les jeux de lumière de François Morellet, continue d’influencer les artistes aujourd’hui. Les matériaux industriels comme le plexiglas, les miroirs ou la lumière électrique sont utilisés pour jouer sur l’infini, et dialoguer avec l’espace et l’architecture.

CAP SUR L’ART AMÉRICAIN
LE MINIMALISME

L’esprit de François Morellet anticipe et rejoint les préoccupations du mouvement minimaliste, apparu aux États-Unis dans les années 60. Les artistes minimalistes, comme Sol LeWitt, utilisent des structures simples dans des matériaux industriels et des formes épurées. Comme l’art cinétique, le minimalisme se base sur l’appréhension du spectateur, travail abordé par Dan Graham avec ses pavillons. La perception doit être objective et non émotionnelle : la forme n’y est pas importante. La répétition, la permutation et l’utilisation de formules géométriques sont au cœur de leurs processus de créations. Cette approche se diffuse en Europe, comme en témoignent les œuvres de Vera Röhm, Norman Dilworth ou Nathalie Elemento. Empreints des mouvements minimalistes et cinétiques, les sculpteurs contemporains continuent d’approfondir les notions d’espace et de perception.

Mlle K. Charlotte, Caroline Tapernoux. 2012. Courtesy de l'artiste. © Caroline Tapernoux
Gestalt, Victor Vasarely. 1978. Coll. privée. © ADAGP - Tim Perceval
St 124/128/103, Nicolas Sanhes. 2009. Collection Fondation Villa Datris. © Pierre Guerville
Germination 030B, Philippe Desloubières. 2007. Coll. privée. © ADAGP - Tim Perceval
2 elements in 2 stefen, David Bill. 2010. Coll. privée. © ADAGP - Tim Perceval

VARIATIONS AUTOUR DU VIDE

Nous avons choisi de regrouper ici des artistes qui travaillent l’instable et l’invisible. David Bill, influencé par l’art concret crée l’illusion du plein et du vide à travers les distorsions géométriques de la tôle, répondant aux pliages d’Henriksen. Nicolas Sanhes à travers ses tôles pliées dit que « créer c’est avancer dans l’ouvert et traverser le visible », tandis que Susumu Shingu donne « une forme au Vide et sait animer l’invisible ».

MUSIQUES ET CINÉTIQUE

La sculpture cinétique peut s’animer : il s’agit de l’art cybernétique, qu’a initié Nicolas Schöffer. Au-delà de l’approche visuelle, par des biais mécaniques et électroniques, certains artistes vont travailler le mouvement sonore. Les tiges à l’équilibre précaire du Biface de Jesús-Rafael Soto, l’un des artistes fondateurs de l’art cinétique, prennent vie dans l’œuvre de Zimoun, tandis que Peter Vogel et Francis Guerrier vont pousser les frontières de l’interactivité chère aux cinétiques, en faisant réagir leurs œuvres au passage du visiteur. Certains artistes s’intéressent au son, d’autres à la partition. La notion de partition musicale évoque la répétitivité d’un système qui s’auto-perpétue en boucle ou à l’infini. On retrouve cette thématique chez Sarah Sze ou Alice Pilastre.

LA COULEUR, ENTRE PEINTURE ET SCULPTURE

Victor Vasarely avait décomposé la peinture pour créer l’art optique. Dans le domaine de la peinture, le mouvement Supports-Surfaces, un des derniers groupes avant-garde français, dont faisait partie Daniel Dezeuze, interroge en 1969 les composants élémentaires du tableau : le châssis, la toile, la peinture. La mise à nu du tableau, ici sous forme de châssis peint et distordu, devient sculpture. Pascal Fancony s’inscrit dans une démarche similaire. Un aller-retour se crée ainsi entre sculpture et peinture. Les sculpteurs s’intéressent à l’effet de la couleur sur les formes comme Henri-François Dumont ou à l’intégration de celle-ci pour mieux détourner un objet comme Laurent Baude. D’autres travaillent en particulier le vide par la couleur comme Carmen Perrin et Jaildo Marinho. Enfin, l’ère numérique influe sur la décomposition des éléments par la couleur. André Pharel atomise ses photographies colorées en pixels cubistes, tandis qu’Angela Bulloch s’amuse du codage informatique de la couleur, le RGB (red green blue) pour créer un codage sculptural RYB (Red Yellow Blue).

ÉTATS DU MONDE

La sculpture est un langage, qui permet d’interroger par le volume notre position dans le monde. Chiharu Shiota résume cette approche dans son œuvre State of Being. Si l’artiste japonaise nous connecte au monde, Nisa Chevènement nous en montre sa solitude. Mais l’espoir cependant est suggéré par la porte de Ciris-Vell ; il devient espoir de transformation de la société avec Nadia Kaabi-Linke. Dans notre ère anthropocène – en d’autres termes l’ère géologique qui a débuté depuis les activités humaines avec un impact global significatif sur l’écosystème terrestre -, on s’interroge également sur notre rapport à la nature. Elle apparaît recomposée et transformée par l’ère industrielle, avec Jae-Hyo Lee, ou au contraire fidèle à son harmonie originelle et ancestrale, comme avec Béatrice Arthus-Bertrand et Tieri Lancereau-Monthubert.

LA PSYCHÉ

La sculpture est une quête de sens. Les sculpteurs interrogent le monde, mais aussi le « soi » : leur monde intérieur. Avec ses « sculptures habitacles », les premières datant de 1962, André Bloc ouvre le lien entre la forme et son intériorité, il établit une passerelle entre le corps et l’esprit. Cette quête spirituelle s’accompagne d’une simplicité et d’une matérialité qui démontre le geste. Si Tetsuo Harada ou Jean-Charles Pigeau recherchent la plénitude et l’harmonie intérieure, Caroline Tapernoux l’immatérialité, Yazid Oulab et Thomas Lardeur vont chercher à capturer « l’essentiel », c’est-à-dire l’essence même du sujet qu’ils traitent.

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